lundi 23 mai 2011

les écosystèmes ...humains ?

Les écosystèmes, tout le monde "connait"...la nature, les arbres, les fleurs, les oiseaux....là, là-bas, loin de nos villes, dans les campagnes et les forêts où tout est lié et "fonctionne" ...au mieux ?...
C’est ce que j'ai toujours intuitivement  et inexorablement pensé avant même de chercher à comprendre ce fonctionnement "systémique", hyper complexe par définition. D'où me venait cette conviction profonde non encore étayée et réfléchie ?
C'est en lisant Philippe Jamet(1)  au sujet du développement durable, que ma volonté de creuser cette idée fixe (2)   m'est venue:
"...Car la nature n'en est pas, comme nous, à s'interroger sur le pourquoi et le comment du développement durable. Tandis que nous théorisons sur le sujet, elle le pratique assidûment et depuis le fond des âges"

Pour moi, cette "loi de la jungle" a toujours été mon seul "exemple" qui me démontrait que le "comment vivre et se développer ensemble ?" avait une réponse. Mais si nous devons nous  inspirer des écosystèmes composant cette nature pour trouver des systèmes pour pérenniser notre civilisation, il faudra bien entendu les "humaniser" pour qu’il soient vivables pour nous et avec nous, humains.
Car certes, la nature peut être considérée comme durable, mais à quel prix ? Pouvons-nous, nous, sacrifier les plus «faibles» pour être durable ? Pouvons-nous garder nos instincts les plus primaires pour le meilleur et les maîtriser contre le pire ?

La solution passée et actuelle de notre "loi de la jungle"  tant économique que sociale (bien que des progrès immenses nous éloignent d'une certaine préhistoire finalement très récente à l'échelle de l'humanité) n'est-elle pas une impasse pour l'humanité ? Faut il continuer d'exclure ce qui ne nous "concerne pas" et ceux qui ne rentrent pas dans le "moule" ? Quelle finalité nous prépare l'exclusion, qu'elle soit de nos déchets ou de nos pauvres ? Pour paraphraser les Kogis qui disait à Éric Julien au sujet de notre course sans fin de recherche de gain de temps "Jusqu'où comptez-vous aller plus vite ?" Je dirais "jusqu'où comptons-nous jeter, rejeter ?"...la nature ne produit pas, elle, de déchets...

Que ce soit André Conte Sponville ou Boris Cyrulnik, beaucoup pensent que la solidarité (convergence d'intérêts) et non la générosité (posture désintéressée par définition) est "une bonne affaire". Être solidaire, c'est trouver ensemble des convergences d’intérêts pour chacun. C'est donc tisser des liens entre les hommes par intérêt à la fois individuel et mutuel. André Conte Sponville l'exprime en disant qu'il faut "être égoïste ensemble et intelligemment" pour finalement trouver un processus de fonctionnement pérenne dans nos sociétés. Mais tisser des liens est bien une des clés de voute de tout écosystème vivant. "Les liens entre les éléments sont aussi important que les éléments eux-mêmes" nous disait déjà Joël de Rosnay dans son Macroscope en 1975... Une fois ces liens créés, il faut y faire circuler de l'information et de la matière. La différence entre ces liens écosystémiques et ceux des modèles d'entreprises actuelles c'est l'architecture de ceux-ci. Pyramidale, linéaire, non bouclés pour ces derniers, neuronaux, quadridimensionnel et hypercomplexe pour les premiers.
La différence est en fait gigantesque. Nous passons d'un modèle matriciel bouclé et rétroactif à 4 dimensions à un modèle ouvert non finalisé en terme de connexions et de faible "profondeur".
Chaque nœud est homme dans la société, chaque nœud est espèce vivante dans les écosystèmes. Aucun n'est indispensable individuellement, tous sont utiles et complémentaires. Une harmonie apparente macroscopiquement et sans cesse en mouvement microscopiquement...tout est lié, relié, tout est échanges...tout à un "sens naturel", un rôle, une fonction...

Et nous, quel "sens" à nos relations, nos liens, nos interactions, nos connexions, quel but poursuivons-nous ?...Survivre pour beaucoup, s'épanouir pour les plus chanceux, jouir pour une poignée d'entre nous.
Que recherchons-nous ? Si nous devons "trouver" un système, il faut finalement se poser la question. La nature de son côté y a répondu : créer et développer la vie pour....
Et nous, créer et développer...quoi ?...... Nos individualités, non? Notre moi, notre épanouissement personnel et celui de nos proches...mais où s'arrête les "proches" ...jusqu'où`somme nous proche de quelqu'un?...Quelle est la frontière ?....il y a-t-il une frontière ?...
Je ne crois pas...la frontière est celle de notre propre limitation à nos connexions avec les autres...allez en Chine ou au Pérou...restez 2 semaines et vous aurez de "nouveaux proches lointains"....
Les connexions entre les hommes n'ont pas de frontières...le réseau des écosystèmes humains sont comme ceux de la nature : tous, sommes d'une façon ou d'une autre interconnectés...potentiellement.

Mais les technologies "aident " à franchir les frontières, à relier à créer des synergies ...là-bas...sans fin.

Cette puissance du lien est énorme...on le voit tout "simplement" avec Wikipédia...le modèle fonctionne presque "tout seul" (quelques dizaines de salariés...) comme la nature....!?!?

Alors, pourquoi ne pas calquer ce beau modèle environnemental aux autres piliers du développement durable que sont l'économie, le social, le sociétal, la gouvernance ?

Comment est ce possible ? Quels sont les lois, les principes à appliquer et les écueils à éviter ?

Posons les bases. Un écosystème c'est quoi ?
Un ensemble "d'éléments" à la fois homogènes et hétérogènes, multiples, en mouvement perpétuel, à la fois stable et instable en fonction de l'échelle d'observation. Composés d'éléments plus ou moins "élémentaires" qui cohabitent, afin de former un tout bien plus complexe que la somme de ces éléments. Ce tout s'auto adaptant en permanence pour un but unique :  perdurer, essayer, créer, transformer, métamorphoser, évoluer, rater, recommencer..Bref : vivre tout "simplement" grâce aux autres éléments et en bonne "intelligence"...

Ces éléments s'emboitant les uns les autres, comme des poupées russes (cf. biome notamment) à l'infini...
Ainsi, en voyant progressivement  notre monde "moderne" avec le prisme des systèmes à une échelle macroscopique, nous pouvons également nous demander si nous ne pourrions pas nous "penser", nous organiser comme les écosystèmes le sont et le font...

Pour beaucoup, la nature apparait comme harmonieuse, belle, équilibrée, en parfait état de marche et en symbiose, malgré les phénomènes de ruptures (cataclysmes..).  Elle évolue et crée en permanence. Nous sommes fascinés par sa puissance et son imagination pour créer la vie dans des cironstances improbables. Mais la nature est hostile par définition, seuls les "plus forts", les plus habiles, ...s'adaptent et survivent. Certes, mais au-delà de ce "petit "problème éthique à résoudre, intéressons-nous aux mécanismes de cohabitations, de synergie, de co-création...bref de tout ce qui fait que "tout ça fonctionne ensemble"...


Comment ça marche pour l’entreprise ?
Comme le faisait remarquer Joel de Rosnay dans son livre le macroscope (1975!), l'entreprise peut être comparée à son échelle à un organisme vivant : naissance, évolution, mort. Cet organisme répond comme tout organisme vivant aux mêmes critères d'évolution et nécessite lui aussi les mêmes ingrédients pour se développer : énergie, information et temps.

Comme dans la nature, ce système que constitue l'entreprise, s'imbrique lui aussi dans des sous systèmes et des méta systèmes "amonts et avals" : l'employé, les services en amont et la zone industrielle ou la ville en aval...si tenté qu'il y ai un amont et un aval dans la nature. L’ensemble des parties prenantes constitue en fait une partie de cet écosystème économique pour l’entreprise

Reprenons les règles qui "marchent" dans la nature et essayons de les transposer  à l'échelle d'une entreprise par exemple :

Cadre, acteurs et relations internes :
ressources humaines, matière première réceptionnée puis transformée, flux d'information et de matière (tarifs, devis, commande...), processus temporel d'élaboration des tâches. Les informations et la matière circulent parce que des liens sont créés. Liens contractuels, moraux, de confiance, d'estimes, etc.

Cadre, acteurs et relations externes :
Fournisseurs, clients, infrastructures, ressources, matière première, timing imposé par "les autres"...Même chose. La différence c'est l'appartenance ou non à l'entreprise.

"Appartenir à" et "travailler avec".... quelles différences ?
Comme toute cellule, organe, entité, organisme..., il y a une frontière qui délimite l'intérieur de l'extérieur. Mais au niveau des écosystèmes, la frontière est plus floue. Peu importe. Un élément constitutif de "l'intérieur" ne vivra pas à "l'extérieur" et vis-versa. Chacun à sa place, chacun son rôle, sa mission. Mais il est clair que tous doivent être présents pour que vive l'entité en question.

Cela revient pour les entreprises à externaliser ou non une part de leur activité. À se poser la question "quel est le cœur de mon métier ? » Ceci afin d'optimiser le fonctionnement, c'est-à-dire optimiser les flux d'information et de matière afin de chercher le fonctionnement optimal, l'efficacité optimale, l'efficience. En cela, la nature excelle...et nous ?



Nous voyons et comprenons très vite que nous n'aurons jamais la fameuse équation à disposition, que la complexité des interactions est telle qu'aucun organigramme, règlements, charte qualité, stratégie prospective, planification...ne pourra en venir à bout.. Seul un grand ordonnateur s'il devait en exister pourrait tout contrôler, tout comme dans la nature finalement...
Alors, comment faire?
Comment être "plus intelligent " que la nature qui elle "fait" sans penser, prévoir, anticiper, calculer...mais qui applique l'amoralité pour survivre alors que nous sommes, nous, «condamnés» à y mettre de la moralité, de l’éthique (ne serait-ce pour pouvoir entre autres, se regarder de temps en temps dans la glace) !. Si la nature est elle amorale, notre conscience, nous, nous "impose" que nous soyons moraux ou immoraux. Par ce que nous sommes humain, nous ne pouvons '"laisser faire" les lois de la nature les plus cruelles s'appliquer à  nous même.
Voilà donc une donnée supplémentaire de taille qui complexifie l’équation. Déjà qu’elle était hypercomplexe....

Il nous faudra donc par notre intelligence et justement nos valeurs, notre morale, ce que nous pensons être bien ou mal, bon ou mauvais, tenter  de faire une "copie" morale, éthique de ce que nous pouvons observer de plus durable : fonctionner comme les écosystèmes pour durer, mais en y appliquant une éthique humaine.

Nous l'avons dit , la recherche par l'équation est une impasse. Alors qu'elles règles pouvons nous employer, tirer de cette réflexion pour espérer "produire" cette équation sans la nommer ?

Sur quels fondamentaux pouvons-nous bâtir ces écosystèmes humains ?

  • Entrer en relation = créer du lien pour partager = coopérer pour co créer et se co développer
  • Se donner des règles éthiques de fonctionnement = s'humaniser
  • Se donner des lois = vivre ensemble en société = se socialiser
  • Chercher à se connaitre pour s'épanouir = s'éduquer

Comment ?
En créant un cercle vertueux auto générateur de développement. Pour cela :
  • Mettre les individus en relation => organiser des rencontres inter et intra entreprises
  • Co construire une relation "globale" : sincère, directe, bienveillante = proposer des projets communs, créer des partenariats
  • Animer et suivre les équipes et leurs projets = organiser et piloter les projets et les équipes
  • Encourager les initiatives et valoriser les résultats = compétition saine et stimulante
  • Partager , communiquer, faire circuler l'information = travailler ensemble
  • Participer au développement individuel et collectif => former en permanence les équipes, donner un espace de liberté à chaque individu
  • Travailler les complémentarités, les synergies entre les hommes et leurs projets


à suivre


  1. La quatrième feuille Philippe Jamet (presse école des mines) p. 14
  2. L'idée fixe Paul Valery -Gallimard

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