Aéroport de Nice 20h le 22 juillet 2010-07-22
Je vois une jeune femme dans la file d’attente. Elle est au téléphone, celui-ci collé à son oreille. Les 2/3 des passagers en attente d’embarquement ont quant à eux, leur tête baissée, le regard fixé sur l'objet de tous les désirs, prolongement désormais naturel de nos mains et de nos pensées. Absorbés, ailleurs, ils tapotent. Leurs pouces font des mouvements tels des pinces de crabes s'agitant sur leurs proies. Je les regarde mais ils ne me voient pas, ne sentent pas ma présence et pourtant je suis là, à quelques mètres tout au plus. Mais eux, sont concentrés sur leurs écrans, ils tapent, lisent, sont bien "là" eux aussi… mais sans l’être réellement. Ils murmurent, grimacent, s’exclament parfois, partagent bien quelque chose certes… mais avec d’autres êtres invisibles…
Puis cette femme qui avance dans la file d’embarquement toujours en parlant son téléphone collé à l’oreille. Elle parle sans s’arrêter, avançant machinalement vers le guichet, portée par son corps, son esprit étant ailleurs. La voilà qui arrive devant l’hôtesse d'accueil. Sans quitter son téléphone de sa joue et poursuivant sa conversation, elle tend son billet... non, elle tend sa main tenant son billet plus exactement, toujours absorbée par sa conversation, elle ne regarde pas l’hôtesse…c’est l'hôtesse qui va chercher son billet dans sa main, le valide et le lui replace dans sa main. Toujours le regard ailleurs concentré sur un point fixe imaginaire lui permettant sans doute de « voir » son correspondant à l’autre bout du « sans fil », elle repart machinalement tout en continuant à parler ayant juste fait un point d’arrêt que son corps automate lui suggérait. L’hôtesse la regarde comme pour attendre un signe de « validation » mais rien ne vient. La femme tout en continuant à parler, sans la regarder passe son chemin sans l’avoir vue, sans une parole, un mot. Elle n’aura pas communiqué avec elle, pourtant bien présente, ne lui adressera pas un regard...elle parle avec quelqu’un d’autre…le rôle de cette hôtesse est réduit à une simple machine à « poinçonner », comme déshumanisée puisqu’elle ne représente rien d’humain vis-à-vis de cette femme.
Outre la politesse qui n’existe pas ici, nous sommes bien là en présence d’un mal nouveau et symptomatique de nos sociétés « modernes ». Ainsi, modifiant les repères, je peux donc décider d’adapter les règles de politesse selon le contexte…ainsi cette femme est polie avec son interlocuteur téléphonique mais pas avec cette hôtesse...D’ailleurs personne ne s’offusque de son comportement, il est devenu « normal »…si les règles de bienséance n’ont pas changées (bonjour, au revoir, merci,…) elles sont désormais fonction des circonstances...ainsi dire bonjour et merci est normal mais dans ce cadre cela devient superflu …puisque l’hôtesse n’existe pas …et qu’elle ne dira pas « vous êtes mal élevée Madame… » et que de plus, ce comportement apparaît "admissible" aux yeux de la majorité.
Ainsi les nouvelles technologies permettent de gagner du temps, elles sont au service de l’efficacité, du rendement et de l’optimisation de votre temps précieux car rare et donc cher…ici les téléphones portables nous permettent d’être en relation avec qui l’on veut où l’on veut, quand on veut…et donc de gagner du temps et ne plus en perdre notamment quand il s’agit de lever la tête, croiser un regard, écarter un instant son téléphone de son oreille, dire bonjour, faire un sourire, tendre la main et dire merci et au revoir…bref 10 secondes précieuses de votre vie pour le donner gratuitement à un "autre ", inconnu de surcroît, qui ne vous rapportera rien puisqu'il n'a pas de "valeur(s)" à nos yeux…
Fascinés par ces merveilleux objets technologiques, nous plongeons effrénés dans leur utilisations et technicités reines oubliant parfois que ni leur concepteurs, ni le législateur n’auront pensé pour nous tous les aspects de leur usage que ce soit sur le plan de la santé physique ou mentale et encore moins sur le plan social et relationnel…
Les exemples sont nombreux : téléphonie mobile mais aussi ordinateurs portables notamment pendant des séances d’amphi, casque sur les oreilles notamment chez les VIP du moment, jeux vidéo, télévision...
La politesse comme le dit André Comte Sponville dans son "petit traité des grandes vertus", si elle n’est pas une vertu n’en est pas moins le passage obligé pour y accéder notamment à la première d’entre elle : le respect. Car comment peut-on imaginer le respect de "fond" d’autrui sans y mettre un minimum de "formes" ?...ainsi négliger la politesse, ne peut faire que rendre le terrain fortement glissant pour développer toute vertu morale.
Serait-ce d’ailleurs par hasard si cette première vraie fausse vertu est enseignée par nos parents dès notre plus jeune âges bien avant de pouvoir enseigner les « vraies » vertus ?...que cherche-t-on vraiment à dire et à transmettre à nos enfants par le biais de la politesse, est-ce un but ultime recherché sans l'espoir sous-jacent de construire l' "être" à partir du "paraître" ?....cette même femme aurait-elle supporté la vue de son propre enfant ou adolescent tendant son billet à cette hôtesse sans même la regarder, telles ces fameuses poignées de mains où vous recherchez désespérément le regard de l'autre qui lui-même regarde ailleurs ?...désagréable non?...n'y aurait il pas là quelque chose de profondément choquant et dramatique ?...
Soyons attentif et lucide car l’homme a cette capacité fantastique, extraordinaire, hors du commun même de s’adapter à pratiquement tout, pour le meilleur parfois mais aussi pour le pire notamment quand il s'agit de s’adapter à sa propre déshumanisation.
dimanche 25 juillet 2010
lundi 12 juillet 2010
Ne cherchez plus....
Nous cherchons tous des réponses à nos inlassables questions qui nous angoissent et nous taraudent comme notamment celles posées sur notre devenir...où serai-je demain ?...Quel job ?...Quel moyen de subsistance ?....En fait, celles qui relèvent de nos plus grandes peurs.
Beaucoup se les posent après avoir connu une remise en question suffisamment forte pour sortir la "tête du guidon" et prendre du recul sur leur vie.
Ceux toujours dans le "guidon" sont les mêmes...mais juste un peu avant...
Car nous n'échappons pas à une remise en cause un jour ou l'autre de notre vie, de notre moi. Notre époque est d'ailleurs propice à accélérer cette fréquence de remise en question. Seuls ceux qui à la fois ne se seraient pas volontairement retrouvés dans cette posture de questionnement et se croiraient à la fois à l'abri du besoin peuvent encore penser le contraire. Mais de quels besoins parlons-nous?....
Il est vrai que pour chaque niveau de besoin comme Maslow l'a montré en son temps, les motivations et quêtes de chacun seront différentes....avant sans doute de parler de sens, de questions philosophiques..., il faudra pour certain rechercher tout simplement de quoi se nourrir...mais il me semble qu'une fois les besoins primaires satisfaits (ce que les "droits de l'homme" de nos sociétés "évoluées" sont sensés garantir) les autres besoins, plus que de se superposer se mélangent...il me semble qu'il y a un point de rupture chez l'individu le faisant basculé de la conscience du rien à la conscience de soi et des autres très vite dans la foulée...
La prise de conscience de soi profonde va de pair avec celle des autres...elle nous montre très vite que je ne suis pas différent des autres en tant qu'espèce humaine, mais juste en valeurs morale, en qualité et en quantité de savoir, en savoir-être, en savoir-faire, etc. (laissons l'avoir et le pouvoir de côté). Et à bien y réfléchir on s'aperçoit vite à quel point nous sommes tous très différents sur ces acquis et en même très semblable sur notre nature . Nos différences, bien qu'essentielles à nos yeux, ne le sont pas à l'échelle de la race humaine et par voie de conséquence à l'échelle des valeurs des humanistes...ce qui nous amène à revenir aux fondements mêmes des droits de l'homme...sensés établir une loi universelle d'égalités entre eux.
Pour les septiques, une simple observation lucide et critique autour d'eux leur démontrera le contraire : Nul n'est à l'abri de quoi que ce soit. Car si notre patrimoine financier nous permet de nous rassurer pour un temps, nos relations de business d'avoir le sentiment d'être puissant, notre confort de vie d'occulter notre propre questionnement...rien de ces domaines du matériel ou de «l’amour de soi» réfléchis par les autres ne pourra combler la solitude de notre moi quand enfin on se retrouve seul, ne serait-ce pour quelques minutes pour se poser les questions sur soi...celles mêmes qu’on passe son temps à ignorer "grâce" à notre vie "bien remplie" ...
Là les quelques sentiments sur vous-même renvoyés par les autres se taisent, plus de proches pour vous dire qui vous êtes, ce que vous faites de votre vie. Les quelques "recommandations" faites par votre patron et vos relations en général soigneusement conservées dans votre mémoire ou votre vitrine sociale, vous renvoient à vous-même...seul juge de vos actes et pensées...
C'est questions bien que légitimes captent non seulement une bonne partie de notre temps, mais également d'énergie et de mal-être. De plus elles captent notre attention sur le "demain" nous faisant oublier et passer à côté du moment présent qui seul en réalité existe et constitue notre "vraie" vie.
Bien des êtres humains se posent chaque jour sur terre ces questions alors que d'autres se demandent tout simplement s'ils auront de quoi manger et dormir, car plus de 2 milliards d'individus ne savent pas en se levant le matin s'ils pourront nourrir simplement leur famille jusqu'au soir...
D'autres, bien que mieux lotis et plus haut perchés sur la pyramide (de Maslow par exemple), n'ont pas ce même souci...de court terme, ils l'ont tout autant sur une échelle à plus long terme, il ne s'agit juste que d'une question de "visibilité" et de moyens.
Car si les exigences ne sont pas de mêmes quantités et de qualités entre ces deux "autres", cela engendre, vous en conviendrez peut-être avec moi, des questions fondamentales communes et état d'angoisse et de recherche plus ou moins permanent chez l'homme : où je dois aller, quelle voie dois-je prendre, que dois-je faire pour être (enfin?) heureux, comment gérer cette situation, suis-je et serais-je à la hauteur, cela va-t-il me plaire, vais-je me tromper...bref, comment vivre pleinement une vie la plus heureuse possible ?
Je pense pour ma part qu'être heureux, ressentir cet état intérieur de bonheur, ce «gout de vivre» passera tout d'abord par l'évanouissement de nos peurs et en conséquence prendre à bras le corps et «vivre pleinement» le moment présent...quelqu’il soit. Car la peur dans un premier temps paralyse, la pensée comme l'acte, vous mine et vous épuise ensuite intérieurement (moralement comme physiquement) et enfin sera une très mauvaise compagne en générale et mauvaise conseillère en particulier.
Se connaître, c'est d'abord vouloir chercher à se connaître, car cela ne tombe pas du ciel un matin en vous réveillant. De même que vous devez "travailler" pour apprendre une langue étrangère ou toute autre chose, il faudra "travailler" sur vous -même cette fois pour espérer un jour mieux vous connaître sans jamais toutefois y parvenir totalement...et c'est tant mieux me direz-vous. Car si nous changeons rarement, nous évoluons sans cesse et donc notre connaissance de nous-mêmes ne peut qu'accompagner cette évolution sans jamais la précéder.
Beaucoup se les posent après avoir connu une remise en question suffisamment forte pour sortir la "tête du guidon" et prendre du recul sur leur vie.
Ceux toujours dans le "guidon" sont les mêmes...mais juste un peu avant...
Car nous n'échappons pas à une remise en cause un jour ou l'autre de notre vie, de notre moi. Notre époque est d'ailleurs propice à accélérer cette fréquence de remise en question. Seuls ceux qui à la fois ne se seraient pas volontairement retrouvés dans cette posture de questionnement et se croiraient à la fois à l'abri du besoin peuvent encore penser le contraire. Mais de quels besoins parlons-nous?....
Il est vrai que pour chaque niveau de besoin comme Maslow l'a montré en son temps, les motivations et quêtes de chacun seront différentes....avant sans doute de parler de sens, de questions philosophiques..., il faudra pour certain rechercher tout simplement de quoi se nourrir...mais il me semble qu'une fois les besoins primaires satisfaits (ce que les "droits de l'homme" de nos sociétés "évoluées" sont sensés garantir) les autres besoins, plus que de se superposer se mélangent...il me semble qu'il y a un point de rupture chez l'individu le faisant basculé de la conscience du rien à la conscience de soi et des autres très vite dans la foulée...
La prise de conscience de soi profonde va de pair avec celle des autres...elle nous montre très vite que je ne suis pas différent des autres en tant qu'espèce humaine, mais juste en valeurs morale, en qualité et en quantité de savoir, en savoir-être, en savoir-faire, etc. (laissons l'avoir et le pouvoir de côté). Et à bien y réfléchir on s'aperçoit vite à quel point nous sommes tous très différents sur ces acquis et en même très semblable sur notre nature . Nos différences, bien qu'essentielles à nos yeux, ne le sont pas à l'échelle de la race humaine et par voie de conséquence à l'échelle des valeurs des humanistes...ce qui nous amène à revenir aux fondements mêmes des droits de l'homme...sensés établir une loi universelle d'égalités entre eux.
Pour les septiques, une simple observation lucide et critique autour d'eux leur démontrera le contraire : Nul n'est à l'abri de quoi que ce soit. Car si notre patrimoine financier nous permet de nous rassurer pour un temps, nos relations de business d'avoir le sentiment d'être puissant, notre confort de vie d'occulter notre propre questionnement...rien de ces domaines du matériel ou de «l’amour de soi» réfléchis par les autres ne pourra combler la solitude de notre moi quand enfin on se retrouve seul, ne serait-ce pour quelques minutes pour se poser les questions sur soi...celles mêmes qu’on passe son temps à ignorer "grâce" à notre vie "bien remplie" ...
Là les quelques sentiments sur vous-même renvoyés par les autres se taisent, plus de proches pour vous dire qui vous êtes, ce que vous faites de votre vie. Les quelques "recommandations" faites par votre patron et vos relations en général soigneusement conservées dans votre mémoire ou votre vitrine sociale, vous renvoient à vous-même...seul juge de vos actes et pensées...
C'est questions bien que légitimes captent non seulement une bonne partie de notre temps, mais également d'énergie et de mal-être. De plus elles captent notre attention sur le "demain" nous faisant oublier et passer à côté du moment présent qui seul en réalité existe et constitue notre "vraie" vie.
Bien des êtres humains se posent chaque jour sur terre ces questions alors que d'autres se demandent tout simplement s'ils auront de quoi manger et dormir, car plus de 2 milliards d'individus ne savent pas en se levant le matin s'ils pourront nourrir simplement leur famille jusqu'au soir...
D'autres, bien que mieux lotis et plus haut perchés sur la pyramide (de Maslow par exemple), n'ont pas ce même souci...de court terme, ils l'ont tout autant sur une échelle à plus long terme, il ne s'agit juste que d'une question de "visibilité" et de moyens.
Car si les exigences ne sont pas de mêmes quantités et de qualités entre ces deux "autres", cela engendre, vous en conviendrez peut-être avec moi, des questions fondamentales communes et état d'angoisse et de recherche plus ou moins permanent chez l'homme : où je dois aller, quelle voie dois-je prendre, que dois-je faire pour être (enfin?) heureux, comment gérer cette situation, suis-je et serais-je à la hauteur, cela va-t-il me plaire, vais-je me tromper...bref, comment vivre pleinement une vie la plus heureuse possible ?
Je pense pour ma part qu'être heureux, ressentir cet état intérieur de bonheur, ce «gout de vivre» passera tout d'abord par l'évanouissement de nos peurs et en conséquence prendre à bras le corps et «vivre pleinement» le moment présent...quelqu’il soit. Car la peur dans un premier temps paralyse, la pensée comme l'acte, vous mine et vous épuise ensuite intérieurement (moralement comme physiquement) et enfin sera une très mauvaise compagne en générale et mauvaise conseillère en particulier.
Se connaître, c'est d'abord vouloir chercher à se connaître, car cela ne tombe pas du ciel un matin en vous réveillant. De même que vous devez "travailler" pour apprendre une langue étrangère ou toute autre chose, il faudra "travailler" sur vous -même cette fois pour espérer un jour mieux vous connaître sans jamais toutefois y parvenir totalement...et c'est tant mieux me direz-vous. Car si nous changeons rarement, nous évoluons sans cesse et donc notre connaissance de nous-mêmes ne peut qu'accompagner cette évolution sans jamais la précéder.
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