lundi 23 mai 2011

les écosystèmes ...humains ?

Les écosystèmes, tout le monde "connait"...la nature, les arbres, les fleurs, les oiseaux....là, là-bas, loin de nos villes, dans les campagnes et les forêts où tout est lié et "fonctionne" ...au mieux ?...
C’est ce que j'ai toujours intuitivement  et inexorablement pensé avant même de chercher à comprendre ce fonctionnement "systémique", hyper complexe par définition. D'où me venait cette conviction profonde non encore étayée et réfléchie ?
C'est en lisant Philippe Jamet(1)  au sujet du développement durable, que ma volonté de creuser cette idée fixe (2)   m'est venue:
"...Car la nature n'en est pas, comme nous, à s'interroger sur le pourquoi et le comment du développement durable. Tandis que nous théorisons sur le sujet, elle le pratique assidûment et depuis le fond des âges"

Pour moi, cette "loi de la jungle" a toujours été mon seul "exemple" qui me démontrait que le "comment vivre et se développer ensemble ?" avait une réponse. Mais si nous devons nous  inspirer des écosystèmes composant cette nature pour trouver des systèmes pour pérenniser notre civilisation, il faudra bien entendu les "humaniser" pour qu’il soient vivables pour nous et avec nous, humains.
Car certes, la nature peut être considérée comme durable, mais à quel prix ? Pouvons-nous, nous, sacrifier les plus «faibles» pour être durable ? Pouvons-nous garder nos instincts les plus primaires pour le meilleur et les maîtriser contre le pire ?

La solution passée et actuelle de notre "loi de la jungle"  tant économique que sociale (bien que des progrès immenses nous éloignent d'une certaine préhistoire finalement très récente à l'échelle de l'humanité) n'est-elle pas une impasse pour l'humanité ? Faut il continuer d'exclure ce qui ne nous "concerne pas" et ceux qui ne rentrent pas dans le "moule" ? Quelle finalité nous prépare l'exclusion, qu'elle soit de nos déchets ou de nos pauvres ? Pour paraphraser les Kogis qui disait à Éric Julien au sujet de notre course sans fin de recherche de gain de temps "Jusqu'où comptez-vous aller plus vite ?" Je dirais "jusqu'où comptons-nous jeter, rejeter ?"...la nature ne produit pas, elle, de déchets...

Que ce soit André Conte Sponville ou Boris Cyrulnik, beaucoup pensent que la solidarité (convergence d'intérêts) et non la générosité (posture désintéressée par définition) est "une bonne affaire". Être solidaire, c'est trouver ensemble des convergences d’intérêts pour chacun. C'est donc tisser des liens entre les hommes par intérêt à la fois individuel et mutuel. André Conte Sponville l'exprime en disant qu'il faut "être égoïste ensemble et intelligemment" pour finalement trouver un processus de fonctionnement pérenne dans nos sociétés. Mais tisser des liens est bien une des clés de voute de tout écosystème vivant. "Les liens entre les éléments sont aussi important que les éléments eux-mêmes" nous disait déjà Joël de Rosnay dans son Macroscope en 1975... Une fois ces liens créés, il faut y faire circuler de l'information et de la matière. La différence entre ces liens écosystémiques et ceux des modèles d'entreprises actuelles c'est l'architecture de ceux-ci. Pyramidale, linéaire, non bouclés pour ces derniers, neuronaux, quadridimensionnel et hypercomplexe pour les premiers.
La différence est en fait gigantesque. Nous passons d'un modèle matriciel bouclé et rétroactif à 4 dimensions à un modèle ouvert non finalisé en terme de connexions et de faible "profondeur".
Chaque nœud est homme dans la société, chaque nœud est espèce vivante dans les écosystèmes. Aucun n'est indispensable individuellement, tous sont utiles et complémentaires. Une harmonie apparente macroscopiquement et sans cesse en mouvement microscopiquement...tout est lié, relié, tout est échanges...tout à un "sens naturel", un rôle, une fonction...

Et nous, quel "sens" à nos relations, nos liens, nos interactions, nos connexions, quel but poursuivons-nous ?...Survivre pour beaucoup, s'épanouir pour les plus chanceux, jouir pour une poignée d'entre nous.
Que recherchons-nous ? Si nous devons "trouver" un système, il faut finalement se poser la question. La nature de son côté y a répondu : créer et développer la vie pour....
Et nous, créer et développer...quoi ?...... Nos individualités, non? Notre moi, notre épanouissement personnel et celui de nos proches...mais où s'arrête les "proches" ...jusqu'où`somme nous proche de quelqu'un?...Quelle est la frontière ?....il y a-t-il une frontière ?...
Je ne crois pas...la frontière est celle de notre propre limitation à nos connexions avec les autres...allez en Chine ou au Pérou...restez 2 semaines et vous aurez de "nouveaux proches lointains"....
Les connexions entre les hommes n'ont pas de frontières...le réseau des écosystèmes humains sont comme ceux de la nature : tous, sommes d'une façon ou d'une autre interconnectés...potentiellement.

Mais les technologies "aident " à franchir les frontières, à relier à créer des synergies ...là-bas...sans fin.

Cette puissance du lien est énorme...on le voit tout "simplement" avec Wikipédia...le modèle fonctionne presque "tout seul" (quelques dizaines de salariés...) comme la nature....!?!?

Alors, pourquoi ne pas calquer ce beau modèle environnemental aux autres piliers du développement durable que sont l'économie, le social, le sociétal, la gouvernance ?

Comment est ce possible ? Quels sont les lois, les principes à appliquer et les écueils à éviter ?

Posons les bases. Un écosystème c'est quoi ?
Un ensemble "d'éléments" à la fois homogènes et hétérogènes, multiples, en mouvement perpétuel, à la fois stable et instable en fonction de l'échelle d'observation. Composés d'éléments plus ou moins "élémentaires" qui cohabitent, afin de former un tout bien plus complexe que la somme de ces éléments. Ce tout s'auto adaptant en permanence pour un but unique :  perdurer, essayer, créer, transformer, métamorphoser, évoluer, rater, recommencer..Bref : vivre tout "simplement" grâce aux autres éléments et en bonne "intelligence"...

Ces éléments s'emboitant les uns les autres, comme des poupées russes (cf. biome notamment) à l'infini...
Ainsi, en voyant progressivement  notre monde "moderne" avec le prisme des systèmes à une échelle macroscopique, nous pouvons également nous demander si nous ne pourrions pas nous "penser", nous organiser comme les écosystèmes le sont et le font...

Pour beaucoup, la nature apparait comme harmonieuse, belle, équilibrée, en parfait état de marche et en symbiose, malgré les phénomènes de ruptures (cataclysmes..).  Elle évolue et crée en permanence. Nous sommes fascinés par sa puissance et son imagination pour créer la vie dans des cironstances improbables. Mais la nature est hostile par définition, seuls les "plus forts", les plus habiles, ...s'adaptent et survivent. Certes, mais au-delà de ce "petit "problème éthique à résoudre, intéressons-nous aux mécanismes de cohabitations, de synergie, de co-création...bref de tout ce qui fait que "tout ça fonctionne ensemble"...


Comment ça marche pour l’entreprise ?
Comme le faisait remarquer Joel de Rosnay dans son livre le macroscope (1975!), l'entreprise peut être comparée à son échelle à un organisme vivant : naissance, évolution, mort. Cet organisme répond comme tout organisme vivant aux mêmes critères d'évolution et nécessite lui aussi les mêmes ingrédients pour se développer : énergie, information et temps.

Comme dans la nature, ce système que constitue l'entreprise, s'imbrique lui aussi dans des sous systèmes et des méta systèmes "amonts et avals" : l'employé, les services en amont et la zone industrielle ou la ville en aval...si tenté qu'il y ai un amont et un aval dans la nature. L’ensemble des parties prenantes constitue en fait une partie de cet écosystème économique pour l’entreprise

Reprenons les règles qui "marchent" dans la nature et essayons de les transposer  à l'échelle d'une entreprise par exemple :

Cadre, acteurs et relations internes :
ressources humaines, matière première réceptionnée puis transformée, flux d'information et de matière (tarifs, devis, commande...), processus temporel d'élaboration des tâches. Les informations et la matière circulent parce que des liens sont créés. Liens contractuels, moraux, de confiance, d'estimes, etc.

Cadre, acteurs et relations externes :
Fournisseurs, clients, infrastructures, ressources, matière première, timing imposé par "les autres"...Même chose. La différence c'est l'appartenance ou non à l'entreprise.

"Appartenir à" et "travailler avec".... quelles différences ?
Comme toute cellule, organe, entité, organisme..., il y a une frontière qui délimite l'intérieur de l'extérieur. Mais au niveau des écosystèmes, la frontière est plus floue. Peu importe. Un élément constitutif de "l'intérieur" ne vivra pas à "l'extérieur" et vis-versa. Chacun à sa place, chacun son rôle, sa mission. Mais il est clair que tous doivent être présents pour que vive l'entité en question.

Cela revient pour les entreprises à externaliser ou non une part de leur activité. À se poser la question "quel est le cœur de mon métier ? » Ceci afin d'optimiser le fonctionnement, c'est-à-dire optimiser les flux d'information et de matière afin de chercher le fonctionnement optimal, l'efficacité optimale, l'efficience. En cela, la nature excelle...et nous ?



Nous voyons et comprenons très vite que nous n'aurons jamais la fameuse équation à disposition, que la complexité des interactions est telle qu'aucun organigramme, règlements, charte qualité, stratégie prospective, planification...ne pourra en venir à bout.. Seul un grand ordonnateur s'il devait en exister pourrait tout contrôler, tout comme dans la nature finalement...
Alors, comment faire?
Comment être "plus intelligent " que la nature qui elle "fait" sans penser, prévoir, anticiper, calculer...mais qui applique l'amoralité pour survivre alors que nous sommes, nous, «condamnés» à y mettre de la moralité, de l’éthique (ne serait-ce pour pouvoir entre autres, se regarder de temps en temps dans la glace) !. Si la nature est elle amorale, notre conscience, nous, nous "impose" que nous soyons moraux ou immoraux. Par ce que nous sommes humain, nous ne pouvons '"laisser faire" les lois de la nature les plus cruelles s'appliquer à  nous même.
Voilà donc une donnée supplémentaire de taille qui complexifie l’équation. Déjà qu’elle était hypercomplexe....

Il nous faudra donc par notre intelligence et justement nos valeurs, notre morale, ce que nous pensons être bien ou mal, bon ou mauvais, tenter  de faire une "copie" morale, éthique de ce que nous pouvons observer de plus durable : fonctionner comme les écosystèmes pour durer, mais en y appliquant une éthique humaine.

Nous l'avons dit , la recherche par l'équation est une impasse. Alors qu'elles règles pouvons nous employer, tirer de cette réflexion pour espérer "produire" cette équation sans la nommer ?

Sur quels fondamentaux pouvons-nous bâtir ces écosystèmes humains ?

  • Entrer en relation = créer du lien pour partager = coopérer pour co créer et se co développer
  • Se donner des règles éthiques de fonctionnement = s'humaniser
  • Se donner des lois = vivre ensemble en société = se socialiser
  • Chercher à se connaitre pour s'épanouir = s'éduquer

Comment ?
En créant un cercle vertueux auto générateur de développement. Pour cela :
  • Mettre les individus en relation => organiser des rencontres inter et intra entreprises
  • Co construire une relation "globale" : sincère, directe, bienveillante = proposer des projets communs, créer des partenariats
  • Animer et suivre les équipes et leurs projets = organiser et piloter les projets et les équipes
  • Encourager les initiatives et valoriser les résultats = compétition saine et stimulante
  • Partager , communiquer, faire circuler l'information = travailler ensemble
  • Participer au développement individuel et collectif => former en permanence les équipes, donner un espace de liberté à chaque individu
  • Travailler les complémentarités, les synergies entre les hommes et leurs projets


à suivre


  1. La quatrième feuille Philippe Jamet (presse école des mines) p. 14
  2. L'idée fixe Paul Valery -Gallimard

dimanche 7 novembre 2010

Le Partage II

Il me semble que la notion de partage est au coeur des enjeux de la pérennité de nos civilisations. Que ce soit au niveau individuel comme collectif, citoyen comme national et international.

Pourquoi ?

Nous avons tous besoin de partager et nous sommes « obligés » de partager

1—Le partage : le Besoin, l'envie :
Cette notion est relativement simple. Sans l'autre, je ne suis rien. Je dois pour m'épanouir, partager ma vie, mes expériences, etc. avec les autres. Mais très vite, des autres, nous n'en voulons plus, ou en voulons moins, ou encore en voulons « mieux ». J'ai envie de partager avec un tel, mais pas avec tel autre... On le voit bien, l'envie de partager à ses limites : comment partager ? Avec qui ? Partager quoi ? Combien partager ? Jusqu'où partager ?...
L'homme est égoïste par instinct. Ne parlons pas de nature humaine, car pour beaucoup de philosophes et anthropologues, il n'y a pas de « nature humaine »... selon eux, nous sommes ce que nous voulons être, devenir. Nous sommes tous capables, contrairement aux animaux, de transcender nos instincts. Cependant comme les lions, nous ne partageons pas les carcasses « instinctivement » dans le sens premier du terme. Nous seuls pouvons cependant apprendre à le faire et découvrir ses vertus.
Notre instinct d'accouplement, de regroupement n'est pas du partage, mais simplement notre instinct qui parle. Le vrai partage va au-delà, car il s'enseigne, s'expérimente et se « travaille »...et quiconque ne le fera pas s'exposera un jour ou l’autre à son manque de « travail » pour supporter la nécessité « obligée " de partager. De là naîtront frustration, incompréhension et finalement haine de « l'autre ».

Pourquoi devons-nous un jour ou l'autre être amenés à partager si nous ne le voulons pas ?


2- Le partage : La nécessité, l'obligation:
Nous devons partager notre vie, notre espace, notre temps avec les autres. Quand bien même nous ne le souhaitons pas, nos voisins, nos amis, nos parents, nos collègues, des inconnus vivent eux aussi « autour » de nous. En voiture, en course, en vacances, au travail, nous devons partager notre temps et notre espace avec les autres. Chercher à s'isoler dans le Larzac ou ailleurs n'est pas la solution finale pour tout un chacun. Seuls quelques privilégiés le pourront et surtout le voudront. Car la solitude est une amie dont très peu peuvent finalement se suffire et supporter.
De même si pour quelques nantis, l'espace et le temps sont bien là à foison, s'entourer et bien s'entourer est un luxe rare et que l'argent ne peut bien évidemment acheter. Qu'elle soit bulle de savon, de verre ou d'or, l'isolement à ses limites, ses frontières...

Alors il faut bien raisonner à long terme, durablement. Pouvons-nous rester entourer que d'un petit cercle privilégié et suffisant ?...
Pouvons-nous répondre oui sincèrement ?
Rester dans une bulle fermée aussi grande soit-elle consiste immanquablement à s'isoler du reste du monde par une frontière sur laquelle un jour ou l'autre, à un endroit ou à un autre nous tomberons...le voulons-nous vraiment ?...Encore une fois, à part quelques irréductibles la majorité ne renoncera pas à aller voir ailleurs et donc à rencontrer d'autres ailleurs, d'autres « autres... Ainsi, nous voyons bien que pour notre propre recherche de bonheur, jamais nous n’accepterons de limiter cette frontière.

Mais il y a encore deux possibilités lorsque l'on cherche à étendre sa "vie "dans l'espace et dans le temps....Vous pouvez en effet partir, loin, et aller découvrir les "autres"en croisière et voyage organisé. Ainsi vous allez en effet découvrir des gens formidables et des environnements nouveaux... En êtes-vous bien si sûr ?...y aura-t- il vraiment de la nouveauté ?...Ne croyez vous pas que dans cet avion qui vous amène au bateau, dans ce bateau qui vous amène "ailleurs", dans ce parcours bien balisé par vos GO vous allez découvrir autre chose ?...Ne vous est il pas d'ailleurs arrivé de croiser une connaissance "par hasard"sur ce même voyage, une personne ou un couple habitant justement dans le même pâté de maisons que vous et avec qui vous aurez sacrement bien rigolé durant tou ce voyage et vous êtes bien juré de vous revoir par la suite ?...
Qu'avez-vous partagé avec eux ? Qu’avez-vous découvert sur vous-même ? Qu’avez-vous découvert des "autres" ? Pouvez-vous parler de l'enrichissement de ce voyage ?

Mais alors encore une fois, s'il nous faut apprendre à partager...comment? Combien, jusqu'où ?...

Qui peut répondre ?...l'économie, le droit, la politique, la morale, le religieux ?..Où est la "vérité" ?

Si "instinctivement" nous sentons qu'il n'y a pas de vérité, nous en déduisons immédiatement l"injustice" du partage. Untel donne moins que moi, je n'ai pas le sentiment d'avoir assez en "retour", le droit et la politique qui me sont ordonnée me semblent injustes et défectueux, etc.

On le voit bien, ni l'économie, la politique, le droit et la religion ne  pourront se substituer à mon propre ressenti. Au final je reste le seul juge qui inconsciemment ou non "qualifiera" le partage en question.

Il s'agit donc bien de la morale, propre à chacun qui nous donnera le LA. Nous serons en accord avec le parage que si notre morale s'en accorde.. Mais ce sentiment du "juste" partage se construira également sur nos connaissances et vision du monde tant économique, de légale politique...bref, nos opinions sur le monde et sur ce qu'il convient de faire en terme de partage pour notre propre salut et celui des autres.

mercredi 27 octobre 2010

Les trois Rois...













Il était une fois une Princesse dénommée Egoya et ses trois Rois prétendant : Pensarero, Dicerero et Agerero. Tous habitaient le même royaume. La Princesse les rendait tous fous d'amour. . . mais la Princesse elle, ne savait lequel choisir. Si chacun lui plaisait certes beaucoup, aucun ne parvenait malgré ses efforts à la combler de bonheur. Le Roi Pensarero avait certes un esprit très brillant. Elle se délectait également des récits et des vers dont le Roi Dicerero l'abreuvait avec délectation. Quant au Roi Agerero, il l'impressionnait par ses nombreuses batailles victorieuses. 
Mais voilà, elle était indécise et insatisfaite par chacun. Cette situation la minait:  «Les Rois agacés finiraient bien par se faire la guerre.....je dois trouver une solution» pensait-elle.
Aussi, un beau jour, elle les convoquât et leur dit :

"Je ne peux choisir entre vous trois et vous le savez bien. Mais sans vous trois je serais perdue et désespérée. Vos querelles m'attristent et de jour en jour je dépéris. Nous n'avons pas le choix, nous devons tous nous aimer et pouvoir vivre ensemble : voilà mon voeu le plus cher. Je vous demande d'y réfléchir et de venir m’exposer votre proposition pour enfin conclure une alliance nouvelle.

Les trois Rois repartir consternés par ce dilemme qui les attendaient. Devant cet ultimatum qui leur était commandé, ils enrageaient et pestaient les uns contre les autres. Les injures fusaient : 

- "Misérable beau parleur, comment peut-elle te vouloir toi qui n'as gagné aucune bataille et ne sais pas réfléchir ?" dirent les Rois Pensarero et Agerero au Roi Dicerero.
- "Minable brute épaisse, comment peut-elle te vouloir toi qui ne sais pas cogiter et parler encore moins ?" dirent les Rois Pensarero et Dicerero au Roi Agerero.
- "Incapable fainéant, comment peut-elle te vouloir toi qui ne sais rien faire de tes dix doigts et ne dis jamais rien ?" dirent les Rois Agerero et Dicerero au Roi Pensarero.

Il était clair qu'ils avaient une piètre opinion les uns des autres et qu'il leur était difficile de collaborer. Le dialogue serait délicat à établir. 
Alors pendant que les Rois Dicerero et Agerero se lamentaient et noyaient leur chagrin à leur façon, palabrant pour le premier et guerroyant pour le second, le Roi Pensarero lui, bien que désespéré par cette situation, ne put s'empêcher de cogiter sur ce problème à résoudre. Après plusieurs jours d'intenses réflexions, il finit par établir le postulat suivant et convoqua les deux autres Rois pour le leur présenter :

Voilà ce qu'il dit :
Nous aimons tous les trois la même femme. Nous ne nous aimons pas tous les trois. Nous ne voulons pas partager cette Princesse si chère à nos yeux, car nous voulons tout d'elle pour nous tout seul. Notre instinct nous commande, nous ne pouvons le réprouver, il faudra faire avec.  Cependant, condamnés que nous sommes à vivre ensemble et à partager, nous sommes finalement condamnés à apprendre à nous respecter. Pour cela, il nous faut mieux nous connaitre, car il me semble en effet, que nous nous connaissons mal.
Ainsi toi Roi Dicerero, je sais qui tu es, car du dis qui tu es. Mais je ne sais ce que tu penses et ne vois ce que tu fais. Je ne te connais donc pas totalement.
Aussi toi Roi Agerero, je sais qui tu es, car tu es ce que tu fais et fais ce que tu es. Mais je ne sais ce que tu penses et n'entend ce que tu dis.
De même, vous ne pouvez me connaitre, car je ne dis et ne fais ce que je pense.
Chacun de nous ne pourra maîtriser mieux que l'autre son savoir et savoir-être. Aussi conjuguons nos sciences, restons bons amis et mettons en place le plan suivant que je vous propose :

Le Roi Pensarero alors proposa le projet suivant :

Nous ne pouvons vivre les uns avec les autres…mais nous pouvons peut-être cohabiter... ensemble et intelligemment. La Princesse a besoin de nous et nous avons besoin d'elle. Nous devons coopérer et nous unir. Sans pour autant vivre tous les trois ensemble, chose dont nous sommes bien incapables, nous devrons seulement nous rencontrer pour échanger un minimum ensemble, mais pas trop longtemps sous peine de conflits évidents. Ainsi chacun se verra être le seul aimé à ses yeux et notre Princesse Egoya sera toujours heureuse de nous voir ainsi épanouis. Nous irons la voir à tour de rôle, mais dans le meilleur ordre qui soit, afin que notre Princesse ait l'impression que nous ne formions plus qu'un. Ainsi, son bonheur sera parfait et le notre comblé.
L'ordre des visites chez la Princess fût ainsi établi. Le Roi Pensarero serait le premier. Il établirait avec la Princesse ses projets du Royaume. Ensuite le deuxième Roi Dicerero viendrait lui présenter les plans élaborés sur les instructions du premier et la ravirait de ses récits exaltants. Enfin le troisième Roi Agerero accomplirait ses projets et viendrait lui rendre compte de son oeuvre. 

Tel fut dit, tel fut fait. La Princesse Egoya comblée accepta leur proposition. L'équilibre et l'harmonie entre ses trois Rois lui permettaient désormais d'envisager un avenir épanouissant et radieux.

Il est dit que depuis, dans le Royaume d'Egoya, il y eut beaucoup d'enfants Rois ayant tous par miracle les qualités des trois Rois réunis.

jeudi 19 août 2010

Comment supporter les "autres" ?....





Qui n'a pas eu envie un jour de casser la figure à untel parce qu'il n'était pas  de votre avis, parce que sa tête ne vous revenait pas, parce que ses propos vous mettaient hors de vous ? etc.
Qui ne s'est pas vu irrité (voir plus) des conflits internes chez des groupes de mêmes pensées (politiques, écologistes, ...) qui à notre grand désarroi ne parlent pas d'une seule voie au "public" , le laissant dans ses doutes tant sur les propos tenus que sur la crédibilité des intervenants et de leur groupe...
Comment vivre au mieux le(s) désaccord(s) entre nous ?
Comment peut-on rester tolérant et respectueux les uns envers les autres malgré nos désaccords?
Le désaccord peut-il déboucher tout de même sur une bienveillance et épanouissement constructifs pour chacun des protagonistes ?


Pourquoi cette pulsion ? Comment expliquer cette réaction de violence verbale ou physique qui vous monte au nez comme une bouffée de chaleur ?

Il me semble que cette réaction est de même nature lorsque vous voulez convaincre quelqu'un et que celui-ci loin de poursuivre l'argumentation botte en touche, voir vous rit au nez.

Quel sentiment suffisamment fort alors rentre en jeu en votre for intérieur pour ressentir une subite pulsion de violence et de rage ? Est-ce le sentiment d'incompréhension? d'injustice? de non-reconnaissance ?...

Sans doute un peu de tout cela.

Mais ne pas être d'accord avec une personne, ne pas s'entendre avec une personne, ne pas supporter l'autre et en venir à en souffrir (car cette pulsion de violence est une souffrance en nous) n'est-il pas un aveu de faiblesse justement parce que nous ne somme pas "armés" contre cette impuissance et que donc nous prenons des coups ?

Quelles seraient les attitudes possibles en pareil cas :

La fuite
Le combat
L'indifférence

La fuite risque de nous "interpeller" plus tard, et nous ramener tôt ou tard à des remords ou regrets. Bref une culpabilisation de soi.
L'indifférence certes, mais du coup cela dénoterait une coupure des relations et plus généralement une coupure du monde.
Reste le combat qui ne peut être que physique ou verbal.

Sommes nous donc bien armés pour ce dernier ?

Ne parlons pas ici du combat physique qui comme l'on sait ne mène  nulle part sinon à l'hôpital ou en prison au mieux à la morgue au pire....quoi qu'une bonne tarte...des fois ?...
Cela nous renvoie d'ailleurs à nos enfants, avec la fameuse fessé...suite du débat ?..

Il reste donc le combat verbal. Celui-ci risque dans beaucoup de cas d'être inégal... barrière de la langue, de la culture etc... contre cela nous ne pourrons y faire grand chose et donc resterons sur une incompréhension mutuelle de façade, de forme donc car cela n’exclut pas finalement d’être d'accord sur le fond bien souvent. Il s’agit bien souvent au contraire de petits détails de formes qui par effet d’accumulation finissent pas rendre « fou » ..

Quand le niveau de langage est concordant et que le désaccord persiste lorsque la "rencontre" prend fin... alors ce fameux sentiment de révolte nous gagne là aussi...

Que nous disons-nous dans ce cas précis ?
Après un bon moment de rumination sur la "bêtise " et l'erreur de l'autre...n'en venons-nous pas finalement à nous auto évaluer sur cet "échange" ?....n'apparaît-il pas des "j'aurais dû lui dire ceci quand il m'a dit cela...", des "et puis d'abord qui est-il pour me dire...."
Nous en venons en effet à nous "réprimander" personnellement de ne pas avoir été  à la hauteur, de ne pas avoir été "bon", bref, d'avoir été mauvais !

Mais une autre voie est celle ou vous ne vous reprochez rien du tout finalement. Vous vous dites..."pufff, quel c..celui-là" et puis retournez tranquillement à vos occupations sans que plus rien ne refasse surface...en surface me direz-vous peut-être...

Vous restez donc ici sur vos positions et le "regard" de l'autre ne vous fera jamais changer d'avis ni provoquer une quelconque remise en question. Vous refuser finalement le conflit. 

Dans le premier cas (rumination), il y a souffrance "post" rencontre et le doute s'installe
Dans le deuxième cas (fuite du conflit), il y a tension, stress momentané mais aucune transformation ne s'opère par la suite.

Quelles sont les conséquences de ces 2 postures ?

La première peut être "dangereuse" pour l'individu car rester sur un "échec" n'est jamais bon...on finit par "ravaler sa salive" et l’on garde ainsi enfoui en soi de la frustration qui tôt ou tard fera des dégât (psychanalyse...psychopathologie...)
La deuxième peut être aussi dangereuse car nous restons "ignorants" finalement des visions et compréhensions d'autrui. Cela peut déboucher à force sur un certain obscurantisme qui nous mène tout droit dans l'isolement et le renfermement sur soi. Bref une vie recluse sur ses pensées, sa vérité, sa propre ignorance.

Il est donc important d'échapper à ces 2 attitudes destructrices l'une comme l'autre...

Quelles peuvent en être les alternatives ?
`
Dans le premier cas, le doute est une bonne chose car il permet de se remettre en question et donc d'évoluer. Mais l'excès de doute est nuisible car il paralyse l'action et la pensée. Il faut donc l'accepter mais aussi le transcender... bref, savoir accepter l'opinion de l'autre, ses différences sans pour autant remettre les nôtres à plat.
Dans le deuxième cas, il faudra faire preuve d'humilité et reconnaître que la vérité n'existe pas et quelle est tout aussi "chez" vous que chez l'autre...

En somme tolérance, humilité, « depassionnement », écoute (active), argumentation... sont les clés pour "supporter" l'autre, "bien" vivre le désaccord inévitable voir salutaire et se supporter soi-même par retour... un point est sûr : cultivons notre jardin et notamment notre « langue » pour pouvoir poursuivre le débat et remporter si possible ces "batailles " de tous les jours pour sortir l’un comme l’autre vainqueur car enrichis par nos échanges.


Bibilographie :

Oui au retour de l’engueulade !

source : Psychologie magazine :
 invités : Alain Bentolila son livre La Perversion ordinaire, vivre ensemble sans autrui (Denoël, 2007) &. Professeur de linguistique à l’université Paris-Descartes, il est l’auteur du Verbe contre la barbarie, apprendre à nos enfants à vivre ensemble (Odile Jacob, 2007).

lundi 9 août 2010

Ressources humaines, ressources naturelles...mêmes dangers, mêmes solutions ?...










Nos relations au travail ont changées tout comme nos relations dans le travail. Laissons de côté la période de l'avant seconde guerre mondiale. Les trente glorieuses ont vu quant à elles l'arrivée du plein emploi où l'offre était globalement supérieure à la demande. Dans ce contexte, la gestion de l'humain dans l'entreprise était relativement simple car chacun (employeurs comme employés) y trouvait finalement son compte. De même pour la gestion des ressources naturelles : pas de pénurie, de l'abondance. Conclusion, pas d'externalités négatives "apparentes"  dans les deux cas. (1) Bref, la gestion des ressources en général se faisait d'elle-même pourrait-on dire. On restait car le salaire et les promotions étaient au rendez vous, on partait le cas échéant, trouver une herbe plus verte dans l'entreprise voisine. Point de bulle de stress psychologique à l'horizon, point de bulle de stress sur les écosystèmes. Si la pression était trop forte on allait voir/prélever ailleurs. Sans doute le paradis du système économique capitaliste, où flux de matières et d'hommes coulent le long d'un long fleuve tranquille tant que l'offre de ressources >= demande...mais pour combien de temps encore ?...




Passé l'égalité de cette équation, on se retrouve en effet dès la fin des années 70 progressivement en situations inverse et c'est là que le système économique ne peut plus fonctionner...le fleuve s'agite, les rouages grippes et la machine s'enraye au mieux, se casse au pire. Le rythme des cycles de vie économique s'accélère (délais d'étude, de production, de vente, de création et disparition, de turnover...). La financiarisation de l'économie et la course à  la consommation deviennent les seules solutions pour "s'en sortir" poussant les entreprises quant à elles à la course à la performance.(2) Les employés doivent s'adapter tout en résistant. Car leur accompagnement dans l'entreprise ne suit pas, tout comme leur longévité en leur sein d'ailleurs.
Alors, que faire des ces employés qui désormais ne veulent plus partir ? comme vissés sur leur sièges ?...sachant qu'ils ne retrouveront pas d'emplois à rémunérations et/ou intérêts équivalents ?...que faire également des "bons" éléments qui se voient refuser une augmentation ou une promotion car les places au-dessus ne se libèrent pas au mieux ou ne se renouvellent plus au pire?...l'entreprise se sclérose de l'intérieur alors que le marché se rétrécit de l'extérieur...comment y fluidifier les rouages ?...Les années de recherches d'optimisations se poursuivent…faire plus avec moins…telle est la devise désormais dans l'entreprise.Telle une montgolfière peinant à s'élever, il faut l'alléger et ne garder que le minimum de ressources dans la nacelle tout en s'équipant d’outils techniques "modernes" pour la piloter.

Les DRH veillent sur le code du travail, gèrent les licenciements dus aux fusions, acquisitions, restructurations et leurs lots de contentieux induits. Ils sous-traitent le recrutement à des "spécialistes" n'ayant plus eux-mêmes le temps et leurs propres ressources pour faire leur travail premier : celui d'embaucher sereinement les entrants, de conserver les existants en les formant et d'accompagner respectueusement les sortants. Les DRH ne "dirigent" plus les ressources humaines, ils ne font qu'aiguiller les flux, contactent les cabinets de recrutement, leurs avocats et gèrent (en relation avec la comptabilité) les rémunérations  qui se complexifient notamment avec les 35h…la gestion du plan de carrière des employés au sein de l'entreprise n'a plus de raison d'être car il n'y a plus de "plans", ni de "carrières", la "plan de carrière" a disparu de l'entreprise, sa visibilité à 3/6 mois y étant antinomique.
Il faut que "ça passe" ou "ça casse" pour que l'entreprise survive. Alors les tensions montent, les conflits se multiplient et les "indésirables" font la queue au pôle-emploi. Après tout, à l'état de les gérer, l'Economie n'en a que faire !…sauf peut-être l'économie solidaire qui pourra peut-être en récupérer quelques-uns…qu'ils se débrouillent donc...(3)
Si l'entreprise doit avant tout faire du profit pour vivre et ensuite embaucher pour produire sa valeur ajoutée, elle cherchera inexorablement dans cette période d'équation négative (offre inférieure à  demande) à diminuer ses coûts de production pour "suivre" la concurrence...mais pendant combien de temps encore et pour aller où ?

Les représentants du "petit" peuple Kogis ne disaient-ils pas à Eric Julien au sujet du gain de temps que nos sociétés modernes permettent de réaliser : "...mais, vous voulez allez jusqu'où plus vite ?..." (4)
Pour sa part, le temps des "trente laborieuses" (70/2000) touche en effet à sa fin aujourd'hui. Comme le disait en substance A. Einstein "Ce qui rend fou, c’est de faire plus et mieux de la même chose en en espérant des résultats différents". L'optimisation a ses limites et le mental des hommes également. Si les ressources s'adaptent pratiquement à toutes les situations, ce ne peut être à n'importe quel prix et en tout cas, pas sur une période de temps incompatible avec leur renouvellement. Les écosystèmes comme les individus sont bien là aussi logés à la même enseigne. De plus, comme le dit si bien René Dubos : "il y a des choses auxquelles il faut refuser de s'adapter..." (5)

Dix à vingt ans auront cependant été nécessaires pour que les premiers "signes extérieurs de tristesse" apparaissent au grand jour et que les psychologues du travail  et scientifiques de l'environnement commencent à être entendus puis écoutés.

Car à force de considérer les ressources humaines et naturelles  inépuisables et jetables, sans "coûts" réels, leurs externalités négatives  prennent désormais des proportions et conséquences dramatiques. On le voit aujourd'hui sur les hommes comme sur les écosystèmes. Leur dégradation et leur épuisement sont similaires dans les deux cas.(6)
Car malgré leurs grandes capacités à résister, celles-ci finiront bien par s'épuiser, se dégrader au mieux, disparaître au pire (combien d'actifs et de pétrole à terme ?). En ce qui concerne les ressources humaines, elles deviendront sans doute passives, désengagées, démotivées et se spécialiseront dans les jurisprudences découlant du code du travail pour toucher leur chèque au prochain plan social. A ce rythme, il ne faudra pas s'étonner de notre faible compétitivité face aux pays que l'on disait sous-développés il n'y a pas encore si longtemps…que nous restera-t-il ?…alors qu'eux-mêmes s'engouffrent dans notre modèle de société ?


Les DRH comme les dirigeants n'ont pas vu venir ces nouvelles bombes à retardement…les signaux devaient sans doute être trop faibles et les spécialistes de ces questions inexistants au sein même de l'entreprise. Ils ne s'y sont pas préparés et aujourd'hui se voient désemparer face à ces nouveaux fléaux : le désengagement/dégradation au mieux et la rupture psychologique/disparition au pire. (7) Quoi de plus normal quand on sait que 80% des activités (pour ne pas dire "problèmes") relèvent, dans une entreprise, de "l'humain" et  20 à 80% (suivant l'activité) des matières premières ?...où étaient les x% de "spécialistes" de l'humain et des ressources naturelles dans l'entreprise et où sont-ils  aujourd'hui ?...

Si des alternatives commencent à émerger que ce soit pour les ressources humaines comme pour les ressources naturelles, comme le "recyclage" par exemple (tri des déchets pour les unes et plan de reconversion pour les autres) celles-ci n'en sont qu'à leur état embryonnaire et d'aucuns voient déjà les limites de ces "filières"...et proposent d'ores et déjà une solution ultime de pérennité : la solution "cradle to cradle" (8): plus de gaspillage, de "déchets". On ne doit plus rien "jeter" mais faire avec ce qui existe et le faire "vivre" indéfiniment...comment alors, réussir à  faire des ressources humaines en entreprise une ressources durable car "recyclable" à l'infini au travers de leurs développements propres comme au travers du développement personnel de leurs employés ? Ne pouvons-nous pas nous inspirer de la nature qui le fait elle depuis les millions d'années : une évolution durable où tout à une raison d'être et une fonction optimisée (composante majeure d'un écosystème) et ou les "déchets" n'existent pas ! (9)


Utopiste me direz-vous ?...certainement car je ne suis pas à ce point aveugle pour savoir que ce chemin sera long à prendre au mieux, voir impossible sans ruptures au pire. Car comme nous le dit Malarewicz (10), tout changement majeur au sein d'un système recherche inexorablement sa stabilité et donc son "non-changement" compte tenu de son homéostasie intrinsèque. Ainsi le changement serait "saltatoire"(exige des sauts). "...à une phase de non-changement succède une phase de changement qui prend, de manière plus ou moins dramatique, l'aspect d'une crise..." nous dit-il. Il nous rappelle également que la même logique existe au sein des ressources naturelles : que "l'évolution, selon de nombreux spécialistes, obéit à ce même type de logique..."
Hubert Reeves nous raconte ainsi le caractère dramatique de l'extinction des dinosaures qui a permis cependant à d'autres espèces de se développer lesquelles, nous dit-il, "..s'ils avaient pu parler, auraient peut-être dit tout simplement "ouf! enfin débarrassés!"..."(11)


Mais nous pouvons être optimiste par certains côtés car des exemples vertueux existent et se multiplient à travers le monde. Ainsi l'entreprise Interface au USA pionnière dans son genre est un exemple aujourd'hui pour beaucoup d'autres. Outre la mobilisation globale de ses employés et de sa direction pour mettre en oeuvre une activité durable et relever le challenge du "Zero waste" sur le plan des ressources  naturelles mais aussi sur le plan des ressources humaines, c'est d'une prise de conscience et  d'engagement  de son dirigeant : Ray Anderson dont il s'agit avant tout. La bonne nouvelle, c'est que cette "montagne surnaturelle" qu'il s'est donné de gravir, la montage "sustainability" dont il parle et dont ils ne sont qu'à la base aujourd'hui nous dit-il humblement, ce nouveau paradigme qu'ils réalisent pourtant aujourd'hui est parti d'une simple vision, d'une simple question à laquelle un seul homme à chercher à répondre en 1994. Cette question était "que faite vous, vous Interface pour l'environnement ?"...de là une nouvelle histoire a commencé, transformant  cet homme comme son entreprise.(12)

 Ne prétendant pas  détenir la vérité et ne cherchant à aucun prix à imposer la mienne sachant les résultats dramatiques que cette posture à pu et a encore aujourd'hui sur notre humanité, je constate simplement cependant,  que notre gestion de la nature comme de l'humain ne semble pas aller dans le bon sens et que ces ressources ne sont plus à leur "place". En effet, il me semble qu'il serait temps d'envisager de nouvelles relations de ces ressources avec notre environnement en général et son évolution . En cela le terme ressources serait à bannir car il ne fait que trop nous enfermer dans notre vision linéaire des choses. Nous devons renverser la vapeur et comprendre que cette linéarité est une impasse et que c'est de la circularité dont nous avons besoin. Si les ressources dont nous avons parlé sont à un moment donné des inputs, ce n'est que pour mieux être transformées en outputs au bout du compte par notre développement (éducatif, social, culturel, économique, psychologique, philosophique...)



Alors que de simples relations linéraires ne peuvent être qu'éphémères dans notre monde fini, les relations "cycliques"  sont certes beaucoup plus complexe à mettre en oeuvre mais sont pour le coup perpétuelles. Je pense alors instincitvment et peut-être naïvement que nous aurions tout intérêt à regarder du coté de la nature pour s'inspirer de solutions (13). Comme le dit  Philippe Jamet "...la nature n'en est pas, comme nous, à s'interroger sur le pourquoi et le comment du développement durable. Tandis que nous théorisons sur ce sujet, elle le pratique assidûment et depuis le fond des âges..." (14).

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(1)  Piloter un développement responsable : quels processus pour l'entreprise - Oliver Dubigeon.
Notamment : "...Les activités économiques qui détruisent l'environnement ou appauvrissent les ressources naturelles, ou encore ont un impact négatif sur la santé ou le bien -être des populations sont toutes comptés positivement dans le PNB..."
(2) C'est maintenant 3 ans pour sauver le monde - JM Jancovici & A Granjean
(3) Jean-Marc Borello du Groupe SOS: modèle SOS et conférence
Mohamad Yunus : Vers un nouveau capitalisme et une conférence chez Google en 2008
(4) E. Julien à l'émission "La grande librairie" sur France 5 le 13/5/2010 - ( 4'40'' )
 Kogis, Le réveil d'une civilisation précolombienne - E. Julien
(5) Extrait de la Radioscopie de J. Chancel avec René Dubos en 1979 
Dans l'homme ininterrompu, il ajoute "...l'homme est surpassé par beaucoup d'espèces animales dans (de nombreux) domaines (...) mais il les dépasse tous par sa faculté d'adaptation..."
(6) Natural Capitalism - Paul Hawken & Amory Lorins
Notamment p. 528 : "...on peut dire du capitalisme industriel qu'il élimine, sans leur donner de valeur, à la fois le capital naturel et la capital humain : il cherche les gains économiques à court terme par des voies qui sont nuisibles aux perspectives et aux objectifs humains à long terme..."
Voir également la vidéo présentant le sujet par les protagonistes sur YouTube
(7) Un psy chez les DRH et Pérennité au travail : âge, bouleversement et performance - Florian SALA & Lyvie Guerét-Talon
(8) Cradle to cradle / remaking the way we make thingsW. Donough &M.  Braungart 
présentation du principe par W. Donough sur TED Utube
(9) Charles Moore "Only we humans make waste that nature can’t digest " (00'50")
(10) Systémique et entreprise - Jacques-Antoine Malarewicz - éditions Person
(11) Chronique du ciel et de la vie - H. Reeves (p.185) 
(12) Ray Anderson interview
Interface sustainability report (1997)
(13) ecology of commerce - Paul  Hawken. p.33
(14) La quatrième feuille - Philippe Jamet


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dimanche 25 juillet 2010

La politesse...première des vertus morales?

Aéroport de Nice 20h le 22 juillet 2010-07-22

Je vois une jeune femme dans la file d’attente. Elle est au téléphone, celui-ci collé à son oreille. Les 2/3 des passagers en attente d’embarquement ont quant à eux, leur tête baissée, le regard fixé sur l'objet de tous les désirs, prolongement désormais naturel de nos mains et de nos pensées. Absorbés, ailleurs, ils tapotent. Leurs pouces font des mouvements tels des pinces de crabes s'agitant sur leurs proies. Je les regarde mais ils ne me voient pas, ne sentent pas ma présence et pourtant je suis là, à quelques mètres tout au plus. Mais eux, sont concentrés sur leurs écrans, ils tapent, lisent, sont bien "là" eux aussi… mais sans l’être réellement. Ils murmurent, grimacent, s’exclament parfois, partagent bien quelque chose certes… mais avec d’autres êtres invisibles…
Puis cette femme qui avance dans la file d’embarquement toujours en parlant son téléphone collé à l’oreille. Elle parle sans s’arrêter, avançant machinalement vers le guichet, portée par son corps, son esprit étant ailleurs. La voilà qui arrive devant l’hôtesse d'accueil. Sans quitter son téléphone de sa joue et poursuivant sa conversation, elle tend son billet... non, elle tend sa main tenant son billet plus exactement, toujours absorbée par sa conversation, elle ne regarde pas l’hôtesse…c’est l'hôtesse qui va chercher son billet dans sa main, le valide et le lui replace dans sa main. Toujours le regard ailleurs concentré sur un point fixe imaginaire lui permettant sans doute de « voir » son correspondant à l’autre bout du « sans fil », elle repart machinalement tout en continuant à parler ayant juste fait un point d’arrêt que son corps automate lui suggérait. L’hôtesse la regarde comme pour attendre un signe de « validation » mais rien ne vient. La femme tout en continuant à parler, sans la regarder passe son chemin sans l’avoir vue, sans une parole, un mot. Elle n’aura pas communiqué avec elle, pourtant bien présente, ne lui adressera pas un regard...elle parle avec quelqu’un d’autre…le rôle de cette hôtesse est réduit à une simple machine à « poinçonner », comme déshumanisée puisqu’elle ne représente rien d’humain vis-à-vis de cette femme.

Outre la politesse qui n’existe pas ici, nous sommes bien là en présence d’un mal nouveau et symptomatique de nos sociétés « modernes ». Ainsi, modifiant les repères, je peux donc décider d’adapter les règles de politesse selon le contexte…ainsi cette femme est polie avec son interlocuteur téléphonique mais pas avec cette hôtesse...D’ailleurs personne ne s’offusque de son comportement, il est devenu « normal »…si les règles de bienséance n’ont pas changées (bonjour, au revoir, merci,…) elles sont désormais fonction des circonstances...ainsi dire bonjour et merci est normal mais dans ce cadre cela devient superflu …puisque l’hôtesse n’existe pas …et qu’elle ne dira pas « vous êtes mal élevée Madame… » et que de plus, ce comportement apparaît "admissible" aux yeux de la majorité.

Ainsi les nouvelles technologies permettent de gagner du temps, elles sont au service de l’efficacité, du rendement et de l’optimisation de votre temps précieux car rare et donc cher…ici les téléphones portables nous permettent d’être en relation avec qui l’on veut où l’on veut, quand on veut…et donc de gagner du temps et ne plus en perdre notamment quand il s’agit de lever la tête, croiser un regard, écarter un instant son téléphone de son oreille, dire bonjour, faire un sourire, tendre la main et dire merci et au revoir…bref 10 secondes précieuses de votre vie pour le donner gratuitement à un "autre ", inconnu de surcroît, qui ne vous rapportera rien puisqu'il n'a pas de "valeur(s)" à nos yeux…

Fascinés par ces merveilleux objets technologiques, nous plongeons effrénés dans leur utilisations et technicités reines oubliant parfois que ni leur concepteurs, ni le législateur n’auront pensé pour nous tous les aspects de leur usage que ce soit sur le plan de la santé physique ou mentale et encore moins sur le plan social et relationnel…
Les exemples sont nombreux : téléphonie mobile mais aussi ordinateurs portables notamment pendant des séances d’amphi, casque sur les oreilles notamment chez les VIP du moment, jeux vidéo, télévision...


La politesse comme le dit André Comte Sponville dans son "petit traité des grandes vertus", si elle n’est pas une vertu n’en est pas moins le passage obligé pour y accéder notamment à la première d’entre elle : le respect. Car comment peut-on imaginer le respect de "fond" d’autrui sans y mettre un minimum de "formes" ?...ainsi négliger la politesse, ne peut faire que rendre le terrain fortement glissant pour développer toute vertu morale.
Serait-ce d’ailleurs par hasard si cette première vraie fausse vertu est enseignée par nos parents dès notre plus jeune âges bien avant de pouvoir enseigner les « vraies » vertus ?...que cherche-t-on vraiment à dire et à transmettre à nos enfants par le biais de la politesse, est-ce un but ultime recherché sans l'espoir sous-jacent de construire l' "être" à partir du "paraître" ?....cette même femme aurait-elle supporté la vue de son propre enfant ou adolescent tendant son billet à cette hôtesse sans même la regarder, telles ces fameuses poignées de mains où vous recherchez désespérément le regard de l'autre qui lui-même regarde ailleurs ?...désagréable non?...n'y aurait il pas là quelque chose de profondément choquant et dramatique ?...
Soyons attentif et lucide car l’homme a cette capacité fantastique, extraordinaire, hors du commun même de s’adapter à pratiquement tout, pour le meilleur parfois mais aussi pour le pire notamment quand il s'agit de s’adapter à sa propre déshumanisation.

lundi 12 juillet 2010

Ne cherchez plus....

Nous cherchons tous des réponses à nos inlassables questions qui nous angoissent et nous taraudent comme notamment celles posées sur notre devenir...où serai-je demain ?...Quel job ?...Quel moyen de subsistance ?....En fait, celles qui relèvent de nos plus grandes peurs.

Beaucoup se les posent après avoir connu une remise en question suffisamment forte pour sortir la "tête du guidon" et prendre du recul sur leur vie.
Ceux toujours dans le "guidon" sont les mêmes...mais juste un peu avant...

Car nous n'échappons pas  à une remise en cause un jour ou l'autre de notre vie, de notre moi. Notre époque est d'ailleurs propice à accélérer cette  fréquence de remise en question. Seuls ceux qui à la fois ne se seraient pas volontairement retrouvés dans cette posture de questionnement et se croiraient à la fois à l'abri du besoin peuvent encore penser le contraire. Mais de quels besoins parlons-nous?....

Il est vrai que pour chaque niveau de besoin comme Maslow l'a montré en son temps, les motivations et  quêtes de chacun seront différentes....avant sans doute de parler de sens, de questions philosophiques..., il faudra pour certain rechercher tout simplement de quoi se nourrir...mais il me semble qu'une fois les besoins primaires satisfaits (ce que les "droits de l'homme" de nos sociétés "évoluées" sont sensés garantir) les autres besoins, plus que de se superposer se mélangent...il me semble qu'il y a un point de rupture chez l'individu le faisant basculé de la conscience du rien à la conscience de soi et des autres très vite dans la foulée...

La prise de conscience de soi profonde va de pair avec celle des autres...elle nous montre très vite que je ne suis pas différent des autres en tant qu'espèce humaine, mais juste en valeurs morale, en qualité et en quantité de savoir, en savoir-être, en savoir-faire, etc. (laissons l'avoir et le pouvoir de côté). Et à bien y réfléchir on s'aperçoit vite à quel point nous sommes tous très différents sur ces acquis et en même très semblable sur notre nature . Nos différences, bien qu'essentielles à nos yeux, ne le sont pas à l'échelle de la race humaine et par voie de conséquence à l'échelle des valeurs des humanistes...ce qui nous amène à revenir aux fondements mêmes des droits de l'homme...sensés établir une loi universelle d'égalités entre eux.

Pour les septiques, une simple observation lucide et critique autour d'eux leur démontrera le contraire : Nul n'est à l'abri de quoi que ce soit. Car si notre patrimoine financier nous permet de nous rassurer pour un temps, nos relations de business d'avoir le sentiment d'être  puissant, notre confort de vie d'occulter notre propre questionnement...rien de ces domaines du matériel ou de «l’amour de soi» réfléchis par les autres ne pourra combler la solitude de notre moi quand enfin on se retrouve seul, ne serait-ce pour quelques minutes pour se poser les questions sur soi...celles mêmes qu’on passe son temps à  ignorer "grâce" à notre vie "bien remplie" ...

Là les quelques sentiments sur vous-même renvoyés par les autres se taisent, plus de proches pour vous dire qui vous êtes, ce que vous faites de votre vie. Les quelques "recommandations" faites par votre patron et vos relations en général  soigneusement conservées dans votre mémoire ou votre vitrine sociale, vous renvoient à vous-même...seul juge de vos actes et pensées...

C'est questions bien que légitimes captent non seulement une bonne partie de notre temps, mais également d'énergie et de mal-être. De plus elles captent notre attention sur le "demain" nous faisant oublier et passer à côté du moment présent qui seul en réalité existe et constitue notre "vraie" vie.


Bien des êtres humains se posent chaque jour sur terre ces questions alors que d'autres se demandent tout simplement s'ils auront de quoi manger et dormir, car plus de  2 milliards d'individus ne savent pas en se levant le matin s'ils pourront nourrir simplement leur famille jusqu'au soir...
D'autres, bien que mieux lotis et plus haut perchés sur la pyramide (de Maslow par exemple), n'ont pas ce même souci...de court terme, ils l'ont tout autant sur une échelle  à plus long terme, il ne s'agit juste que d'une question de "visibilité" et de moyens.
Car si les exigences ne sont pas de mêmes quantités et de qualités entre ces deux "autres", cela engendre, vous en conviendrez peut-être avec moi,  des questions fondamentales communes et état d'angoisse et de recherche plus ou moins permanent chez l'homme : où je dois aller, quelle voie dois-je prendre, que dois-je faire pour être (enfin?) heureux, comment gérer cette situation, suis-je et serais-je à la hauteur, cela va-t-il me plaire,  vais-je me tromper...bref, comment vivre pleinement une vie la plus heureuse possible ?

Je pense pour ma part qu'être heureux, ressentir cet état intérieur de bonheur, ce «gout de vivre» passera tout d'abord par l'évanouissement de nos peurs et en conséquence prendre à bras le corps et «vivre pleinement» le moment présent...quelqu’il soit. Car la peur dans un premier temps paralyse, la pensée comme l'acte, vous mine et vous épuise ensuite intérieurement (moralement comme physiquement) et enfin sera une très mauvaise compagne en générale et mauvaise conseillère en particulier.

Se connaître, c'est d'abord vouloir chercher à se connaître, car cela ne tombe pas du ciel un matin en vous réveillant. De même que vous devez "travailler" pour apprendre une langue étrangère ou toute autre chose, il faudra "travailler" sur vous -même cette fois pour espérer un jour mieux vous connaître sans jamais toutefois y parvenir totalement...et c'est tant mieux me direz-vous. Car si nous changeons rarement, nous évoluons sans cesse et donc notre connaissance de nous-mêmes ne peut qu'accompagner cette évolution sans jamais la précéder.